L'accordéoniste Huile sur chassi F10

Accordéoniste
Huile sur toile
Format P10

    Je ne sais pas pourquoi, mais le son d’un accordéon me met dans un état de conscience particulière, proche de celui que j’éprouve en contemplant la mer. L’un m’hallucine, fixe mon attention et fini par me figer un peu bêtement devant l’homme et son instrument, l’autre accapare ma concentration comme si il suffisait de la regarder longtemps et attentivement pour comprendre tous ses mystères. En fait l’un et l’autre m’émeuvent de la même manière.

    Comment comprendre la dextérité de l’accordéoniste sans imaginer sa vie, ses douleurs et ses joies accrochées au soufflet du « piano à bretelles »   transformant le chant et  le contre chant en ressac harmonique se brisant sur  des récifs humains. La mer et l’accordéon savent à merveille prendre les hommes, les balloter le temps de s’oublier e t de prendre contact ne serait ce qu’un instant avec l’infini…

 

AR


Livre de coin

Mon petit fils 5ans  3Comme papa 

En ce temps là, ce coin s’appelait le « petit coin ». Il succédait, non sans regret, au « petit pot » qui avait jusqu’alors  réceptionné le produit de mes digestions, elles mêmes résultantes de gavages prodigués par ma Mère, Grand-mère, Marraine associées dans le seul but, disaient elles, de me maintenir en bonne santé décrétée, personne ne sait pourquoi, fragile. Le moindre étron déclenchait des hourras et des bravos ainsi que des commentaires sur la taille, la couleur et les relations évidentes avec les repas de la veille. C’est dire que le bambin que j’étais alors n’avait pas vu le déménagement vers ces lieux comme un progrès essentiel ni comme la victoire personnelle promise par mon entourage en cas de succès. C’est plutôt l’anxiété qui accompagnait mes expéditions, se traduisant par des coliques productives ou non  qui m’amenèrent progressivement à stationner  plus que de raison dans ce local. Aux applaudissements et encouragements succédèrent  des questions inquiètes et vaguement répréhensives : « t’as pas encore fini ?  Qu’est ce que tu fais ? Tu ne vas pas y passer la journée ? » . Je finissais par sortir épuisé et un peu honteux quel que fut le résultat de mes efforts, résultat qui disparaissait dans une cataracte d’eau dont le bruit d’enfer finissait de renforcer l’impression d’avoir perdu le meilleur de moi-même. Plus tard il me vint l’idée d’utiliser le temps passé aux toilettes pour lire et apprendre. C’est ainsi qu’il est probable que le peu de choses que je connaisse aujourd’hui soit plus l’héritage de ce « coin » que celui de l’école qui pourtant ne manqua pas de m’y envoyer souvent compte tenu d’une tentation chronique à la rêverie et la dissipation. L’idée de ce « Livre de coin » n’a d’autres prétentions que de permettre à ceux qui réfléchissent et pensent ici mieux qu’ailleurs, de laisser une trace en épargnant les murs pour le plaisir de leurs successeurs. 

Alain